Renaissance d'une oeuvre d'exception

Le musée conserve une œuvre exceptionnelle : un immense dessin de 3m40 sur 3m80, datant du 16e siècle et figurant le martyre de saint Paul. 

Gigantesque fresque de papier, cette œuvre condense la vitalité et les préoccupations d’une époque en pleine mutation : la Renaissance. Attribué à Pieter Coecke, grand peintre flamand, cet artiste encore trop méconnu aujourd’hui a pourtant marqué son époque. 

D’une valeur inestimable, ce « carton de tapisserie » est l’un des rares à avoir survécu aux aléas du temps. Concrètement, ce dessin à grandeur d’exécution a servi de modèle à des générations de tisserands pour la réalisation de tapisseries. Ce carton « en péril » fait aujourd’hui l’objet d’une importante restauration, menée par une équipe internationale. Celle-ci se déroulera dans la grande salle du 2e étage de la Maison du Roi, pendant 18 mois et en live. Le public pourra donc observer de près ce travail de restauration (sauf le week-end). 

En commentaire à celui-ci, une exposition invite à l’exploration de l’univers artistique et historique de cette œuvre insolite. 

Etapes d'un exceptionnel chantier

Constat d'état

Une campagne photographique et un constat visuel révèlent de nombreuses informations sur la constitution de l’œuvre et son état matériel : le carton est constitué de 61 feuilles de papier, il a été dessiné puis peint avec une peinture à la colle. Au revers, l’œuvre a été renforcée par des pièces de papier, puis marouflée ( sur une toile au 19e siècle. Celle-ci n’apporte plus le soutien nécessaire à la conservation de l’œuvre et les nombreuses déformations de la surface entraînent des déchirures et des pertes de matières. La couche picturale s’effrite, en particulier dans les zones présentant des surpeints.

1. Enlèvement des vitres, analyses et dépoussiérage

Les vitres de protection sont enlevées et le carton fixé dans un châssis temporaire.

De micros prélèvements des matériaux du carton sont analysés afin de guider les restaurateurs dans le choix du traitement et approfondir la connaissance du processus de fabrication et d’utilisation de l’œuvre.

Le carton est dépoussiéré au verso par aspiration. Un support plein est placé contre la toile pour servir d’appui pendant le dépoussiérage du recto réalisé avec des pinceaux doux et parfois une gomme en latex.

Décrochage du carton de tapisserie

2. Consolidation

Une première phase de consolidation a lieu sur le recto de l’œuvre afin d’éviter la perte de matières pendant le roulage et le transport dans l’atelier. Ces renforts préparent également la surface du recto pour les étapes de travail ultérieures. Ils sont constitués de crépeline de soie appliquée ponctuellement sur la surface du carton avec de la colle d’algue (funori). Ces deux matériaux sont choisis car ils ne modifient pas l’aspect final de la couche picturale et permettent une entière réversibilité des renforts.

3. Transport du carton

La taille monumentale du carton ne lui permet pas de monter sur son châssis. Il est transporté dans l’atelier de restauration installé au deuxième étage par l’escalier, roulé sur un cylindre de 4m de long et d’un diamètre de 60 cm, qui tient compte à la fois de la fragilité du carton, des contraintes logistiques du Musée et des moyens humains.

Un matériau de protection lisse est placé sur le recto du carton ainsi qu’une couche d’ouate de polyester pour éviter l’écrasement des déformations du papier d’œuvre. Une sorte de cage entoure le cylindre pour le protéger et permettre sa préhension lors de son passage à la verticale dans l’escalier.

Le rouleau est alors placé sur le plan de travail.

Transport du carton au 2e étage du musée

4. Décollage de l’ancien support de consolidation de l’œuvre

L’œuvre, roulée sur le cylindre, est disposée au-dessus d’un plan de travail.

Elle est déroulée au fur et à mesure de la restauration de manière à donner accès au verso et permettre aux restaurateurs de retirer la toile par simple traction puis de décoller les divers papiers de consolidation à l’aide d’un apport d’humidité et de chaleur diffusé par le verso de l’œuvre. 

Le papier immédiatement présent sous la toile date du marouflage du 19e siècle et recouvre tout le verso. Son retrait permettra la découverte des plus anciennes consolidations appliquées sur l’œuvre au cours de son utilisation pendant la confection des tapisseries.

Les déchirures et les lacunes sont consolidées au fur et à mesure du décollage avec de fines bandelettes de papier japonais* et de la colle d’amidon de blé*.

Décollage et consolidation

5. Nettoyage du papier, doublage et mise en tension

Nettoyage du papier et refixage de la couche picturale, doublage des feuilles sur papier japon pour la consolidation et la mise en tension, mise en tension des feuilles pour atténuer les plis.